Le « nœud de pêche » du Brexit

Lundi 17 décembre 2018

Dans le contexte de la possible sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne et de l’incertitude qui l’accompagne, le chapitre pêche des négociations met en évidence la complexité et les enjeux qui en découlent.

Au cours de la campagne référendaire, l’industrie britannique de la pêche était devenue le symbole des partisans du Brexit et de ceux qui souhaitaient que le Royaume-Uni recouvre une plus grande autonomie en se délivrant des « limitations » imposées par l’Union européenne.

La question la plus sensible pour le secteur de la pêche britannique est liée aux quotas de pêche alloués chaque année à chaque Etat membre par les ministres de la pêche de l'UE dans le cadre de la politique commune de la pêche (PCP). L'objectif principal des quotas est d'assurer la gestion durable de cette importante ressource commune et les rendements de pêche à long terme pour tous les stocks de poissons d'ici 2020. Cependant, la rhétorique du Brexit a donné une image faussée de la réalité et le système de quotas a été décrit comme uniquement préjudiciable aux intérêts du Royaume-Uni et sans aucune contrepartie.

Par conséquent, les partisans fervents du Brexit et d’éminents politiciens ont promis qu’avec la sortie de l’UE, le Royaume-Uni retrouverait l’autorité exclusive sur la gestion de la pêche et qu’il n’y aurait plus de système de quotas à respecter. La Scottish Fishermen's Federation est l’une des voix qui a soutenu avec le plus grand enthousiasme la campagne «Leave»[1] et, d’une manière générale, une grande partie de l’industrie britannique de la pêche a voté en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne[2].

Dans sa lettre à la nation du 24 Novembre 2018, la première ministre britannique Theresa May a réaffirmé cette vision :

« Nous sortirons des programmes de l'UE qui ne fonctionnent pas dans notre intérêt : (...) de la politique commune de la pêche qui a laissé tomber nos communautés côtières. Au lieu de cela (...), nous serons à nouveau un État côtier indépendant, avec un contrôle total sur nos eaux »[3].

Cependant, alors que les négociations se poursuivent, les perspectives pour le secteur de la pêche britannique se compliquent. En effet, comme les produits de la pêche capturés par la flotte britannique sont principalement exportés - environ 80%, avec environ les deux tiers de cela vendus à des pays de l’UE[4] - le secteur britannique de la pêche ne peut que dépendre du marché européen pour vendre le poisson qu’il capturera.

En outre, la PCP a reçu un soutien croissant de la majorité des représentants de l'industrie de la pêche en Europe, qui ont souligné l'importance de préserver le caractère transfrontalier et interdépendant des activités de pêche et ont appelé à un accord post-Brexit qui "tienne compte des réalités économiques et sociales des flottes de pêche et des communautés côtières à travers l’Europe » et qui « s'enracine dans la réciprocité et dans la gestion durable des ressources halieutiques "[5].

En effet, l’ "accord de retrait" et la "déclaration politique"[6] proposés sur les futures relations entre le Royaume-Uni et l'Union européenne - soutenus par les leaders de l'UE lors du Conseil européen du 25 novembre 2018[7] et devant être votés avant le 21 janvier 2019 par le Parlement britannique[8] - prévoit que le Royaume-Uni quitte la PCP afin de conclure, idéalement avant le 1er juillet 2020, un nouvel accord de pêche avec l'UE sur l'accès aux eaux et les quotas sur plus de 100 stocks de poissons[9], à mettre en œuvre à partir de 2021.

L’objectif à atteindre selon le directeur général de la Commission européenne, João Aguiar Machado lors d'une réunion de la commission de la Pêche du Parlement européen[10] - serait que le Royaume-Uni garantisse l'accès de la flotte européenne aux eaux territoriales britanniques et des quotas de capture en échange de conditions favorables pour vendre son poisson sur le marché européen.

À l'heure actuelle, aucun scénario clair n'est envisagé, laissant ainsi l'avenir des relations entre l'UE et le Royaume-Uni - y compris la conclusion d'un accord de pêche - dans un flou profond.



[1] https://www.theguardian.com/uk-news/2016/jul/04/scotland-fishing-federation-ministers-brexit-eu-referendum

[2] https://www.telegraph.co.uk/business/2016/10/01/what-the-uks-fishing-industry-wants-from-brexit/

[3] https://www.gov.uk/government/publications/pm-letter-to-the-nation-24-november-2018

[4] https://publications.parliament.uk/pa/ld201617/ldselect/ldeucom/78/7802.htm

[5] https://fisheriesalliance.eu/key-issues/in-our-daily-life-what-brexit-means-for-our-communities/

[6] https://www.gov.uk/government/publications/withdrawal-agreement-and-political-declaration

[7] https://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2018/11/25/european-council-art-50-conclusions-25-november-2018/

[8] https://www.theguardian.com/politics/2018/dec/11/brexit-deal-will-return-to-mps-for-vote-before-21-january-says-no-10

[9] http://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/STUD/2017/601981/IPOL_STU(2017)601981_EN.pdf

[10] http://www.europarl.europa.eu/ep-live/fr/committees/video?event=20181127-0900-COMMITTEE-PECH

Quoi de neuf sur Twitter ?

In view of the upcoming #EUelections2019, the @EU_EESC Study Group on #DisabilityRights is organising a public hear… https://t.co/rZRMH07OhK
New @EUEnvironment study assesses that despite successes in addressing some of the most hazardous #chemicals, more… https://t.co/BnNG7wQiHn
#EU - #Mercosur #Trade negotiations: Chief Negotiator @SandraGallina held a meeting with civil society representati… https://t.co/pHXbED5ATh
Suivez-nous

Salle de réunion à louer

Réservez

Salle de réunion moderne, équipée et d’une capacité de 18 personnes. Possibilité de catering.

Restez informés,
souscrivez à notre newsletter

* Champs obligatoires